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    Métropolitain, ligne 13. Un mec assis au fond de la banquette fixe le sol. Emmitouflé dans un blouson épais de couleur marron, les coudes sur les genoux et les mains sur les joues, il attire l’attention car des larmes s’écoulent sur son visage, sans bruit ni reniflement, paisiblement. Le visage reste impassible, aucune ride ne vient souligner ce que disent les larmes. La peine se dit dans un silence assourdissant. Et les voyageurs, nombreux et formant une masse impersonnelle, dans un silence tout aussi assourdissant, regardent cet homme pour qui la douleur est si intense qu’il ne parvient plus à la contenir devant ses semblables. 

    Un mec pleure et  la machinerie du métro chante sa musique urbaine. Les crissements des roues de métal sur les rails sont les cris que ce quidam retient. La gêne ambiante se dit par des regards qui se croisent, des regards qui cherchent à fuir, des regards et des regards. Au dehors, il n’y pas de dehors, seulement l’obscurité des longs couloirs, aucun paysage à offrir aux regards qui cherchent désespérément une issue à leur désarroi de n’avoir rien à fixer, rien, rien d’autre que l’étreinte de la gêne. Et les crissements métalliques, qui exaspèrent habituellement les voyageurs, sont aujourd’hui un soutien, ils remplissent le vide et offrent des possibilités de changer de position sans attirer l’attention, de se racler la gorge sans que les regards désorientés ne trouvent là une occasion de se fixer, au moins pour un instant.

    Et à proximité, les larmes continuent de ruisseler. Paisiblement, elles ruissellent.

    Station St Lazare, l’homme se lève et quitte le wagon, une main sur le front pour cacher des yeux rouges d’une douleur qui s’écoule.

    Les portes se referment comme une gifle assourdissante. L’homme disparaît dans les méandres des couloirs du métro. La machine s’élance et reprend ses crissements. Quelque chose s’est passé dans ce wagon sans qu’aucune trace ne puisse en témoigner. Les voyageurs qui montent aux stations suivantes ignorent que les larmes d’un mec, ici, il y a encore un instant, s’écoulaient… paisiblement au milieu d’un désarroi collectif.

    Ce billet est cette trace qui témoigne.

     


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  • Je suis l'invité de trois événements :

     

    Colloque international « Les Manifestes littéraires au tournant du XXIe siècle »

    17-18 septembre 2009 à l’Université de Bologne, Italie
    La rencontre sera animée par Ilaria Vitali, Docteur en littérature française et comparée.
    J'y suis convié en compagnie de mon camarade Karim Amellal pour y parler du manifeste de notre collectif "Qui Fait La France ?"
    Le 17 Septembre, à partir de 14h30.
    Infos

     

    Literary Death Match
    Le 23 Septembre 2009
    20h00
    Au Réservoir, 16 Rue Forge Royale 75011 Paris

    Programme : Quatre auteurs s'affronteront dans une bataille litteraire feroce. Evalués par trois juges, ils liront des extraits de leurs œuvres. Les deux finalistes se livreront ensuite a un combat sans merci dont l'issue sera decisive. Auteurs invités : Frédéric Beigbeder (99 Francs, Un Roman Français), Philippe Jaenada (Le Chameau Sauvage, Plage de Manaccora, 16h30), Max Monnehay (Corpus Christine), Mohamed Razane (Dit Violent).

    L'événement sera suivi d'un concert.

    Plus d'infos

     

    3ème colloque en Psychologie & Psychopathologie de l’enfant

    8, 9 & 10 octobre 2009 au Palais de la Mutualité, Paris
    J'y suis convié dans le cadre d'une table Ronde "Les comportements violents chez les adolescents et dans les bandes"
    le vendredi 9 octobre.
    Table ronde sous la conduite de Martine Fournier, Rédactrice en chef de la revue Sciences Humaines
    Avec Lamence Mazdou, auteur de “J’étais un chef de gang”, Marie-Hélène Bacqué, Sociologue, Jean-Yves Barreyre, directeur du CEDIAS et sociologue et moi-même.
    Infos


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  • Retrouvez-moi à l'Ecole Normale Supérieure le lundi 18 Mai 2009, de 15h à 17h autour d'une table ronde "La jeunesse de et dans l'immigration". Débat animé par Mireille Le Breton (enseignante‐chercheur à Nazareth College, NY‐USA). Autour de la table, seront présents Hamid Aït-Taleb (écrivain) James Cullingham (réalisateur, producteur et enseignant‐chercheur à Seneca College, Toronto) et Saïd Kebbouche (directeur de l’association EPI de Vaulx-en‐Velin).

    Cette table ronde sera suivie d'une projection inédite de 3 films de l’UNAFF (Festival Du Film De L’Association Des Nations Unies).

    L'entrée est libre en fonction des places disponibles.

    Adresse : Ecole Nationale Supérieure, 29 rue d’Ulm, Paris, salle Lapie (1er étage).

    Programme_detaille_de_la_journee.pdf


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